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Vendredi 23 mars 5 23 /03 /Mars 15:51

 Catleen.jpg

 

 

A la mémoire de mon ami Guillaume

 

 

 

 

Un amour, le bord d’un canal 

 

 

 

Une ville, le bord d’un canal.

Une jeune femme. Blanche, spectrale.

Sous la pluie.

 

Elle dessine dans l’espace des mouvements colorés, avec ses mains.

Elle est immobile.

Sous la pluie.

 

Des gens passent, qui la regardent.

Une folle, c’est ce qu’elle leur semble être.

 

Son nom, c’est Catleen.

Elle regarde la ville, toute sa vie passée à ça, regarder la ville, ceux qui passent, en moulinant des histoires invisibles avec ses mains.

 

Qui peut deviner sa solitude ?

 

Quand elle ne regarde pas, quand, au bord d’un gouffre d’épuisement ou de lassitude elle cesse ça, cette activité, regarder, alors elle peint des visages de femmes. Son visage. En grand, sur des toiles de lin. C’est ce qu’elle fait alors.

 

La pluie tombe toujours, elle dessous.

Elle est trempée mais toujours pas en mouvement.

Elle regarde et attend.

La fin de l’averse, un amour, quelque chose. N’importe quoi.

 

Tous les jours elle vient là, près du canal.

Et attend.

 

Les gens en ont pris l’habitude, la reconnaissent.

« C’est la folle, c’est elle ! »

 

Un jour, le bord d’un canal.

Une jeune femme, Catleen.

Elle attend, semble attendre.

 

Absorbée par on ne sait quoi d’invisible.

 

Ses mains en mouvement, le reste du corps à l’arrêt.

L’espace en suspension.

Le temps.

 

Elle est belle, je crois.

 

Un homme. Asiatique, la trentaine.

Il s’approche doucement d’elle, elle spectrale, lui parle.

« Mademoiselle, il murmure. Je vous regarde, depuis un moment déjà, je me disais…(silence) Je peux vous offrir quelque chose à boire ? »

 

Elle ne répond pas, le regarde à peine. Fait signe qu’elle va le suivre.

Un signe imperceptible, mouvement incolore.

« Je vous suis », elle dit en silence.

Ses lèvres closes.

 

Il se dirige vers un café, sur le bord d’un canal.

Elle le suit. Elle est belle.

On la regarde.

 

Un café, sur le bord d’un canal.

A l’intérieur.

Lumières rouges tamisées, agitation.

 

Partout des gens, attablés.

 

En silence elle boit, ne le regarde pas.

« Mon nom c’est Corée, comme le pays »

Elle ne semble pas surprise, boit.

 

« Il me semble que je vous ai déjà vue. Ici, peut-être. Sur les bords du canal. J’y passe, parfois. Je n’habite pas loin. Quand je rentre du travail, quand je ne travaille pas. (Silence) Vous êtes belle, vous avez comme quelque chose qui n’est pas là, quelque chose d’infiniment émouvant. (Silence) Mais, je ne vous connais pas. » Il rit.

 

Elle le regarde, glisse sur lui, ne semble pas comprendre. Puis rit aussi.

A présent, tous deux rient franchement.

 

Puis ils se taisent, écoutent la rumeur qui grandit autour d’eux.

 

Elle (elle parle, enfin. Le son de sa voix, surnaturel, il faudrait décrire) : « ça fait du bien de boire. (silence) C’est comme sortir de la pluie. » Il rit.

 

Elle : « Corée, c’est joli. C’est comme un voyage. Le voyage de Catleen. (rêveuse) Corée. (Silence) Je n’ai jamais connu d’asiatiques, c’est la première fois. Cela m’étonne de parler là, avec quelqu’un, un homme. Je suis étonnée.(silence) Il y a longtemps que je suis seule. Depuis toujours. (Elle ne s’arrête plus de parler, elle parle vite, avec émotion) Parfois, parce que je suis seule, je peins. Des visages. Très grands. Des visages de femmes, avec des yeux. Mes yeux. Quelle tristesse, il y a dans ces yeux… Quelle mélancolie ! Personne ne m’a jamais rien dit à propos de mes toiles. Personne. Quelques-uns sont venus voir mes murs, ils n’ont rien vu. Rien dit. (Silence, puis, comme revenant de loin, rendue à elle –même) Mais des hommes, non, je n’en ai même jamais dessinés. (Elle rit à cette idée) Ma vie est très pauvre en hommes. »

 

Il rit de la voir rire.

 

Il l’admire. « Une artiste ! , il soupire. Et comment vous –comment tu, on peut se tutoyer, gagnes ta vie ? »

Le regard vacant, elle semble ne pas comprendre, ne comprend pas. Ne répond rien. S’obstine.

Il n’insiste pas, l’accepte.

 

Elle pense Corée, toute ma vie j’ai attendu ça, quelque chose comme ça. Elle ne sait pas très bien quoi, ni pourquoi, mais déjà elle pense ça. Corée. Quelqu’un. Un homme. Elle s’aperçoit d’un coup qu’elle ne le connaît pas. Elle le dit : « Je ne vous connais pas. Qui es-tu ? » Elle pleure. Des larmes fines roulent sur ses joues. Elle s’excuse : « C’est la tristesse, l’habitude. (Elle est gênée) Mais là, non. Là, c’est la joie. De vous, de toi. Enfin, de te voir.(silence) Te parler. »

 

Brusquement, sans l’avoir écoutée.

Lui : « Hier, une femme s’est noyée. Dans le canal. Je l’ai lu dans le journal, ce matin.

Elle : - Hier ? Une femme ?

- Oui.

- Sait-on pourquoi ? Avait-elle parlé à quelqu’un, (silence) avant ? Je veux dire… Quelqu’un a-t-il su ? (Elle crie presque) S’en est-on rendu compte ?

- Je ne sais pas. » (Il est grave)

 

Entre eux deux, un long silence.

 

Elle : « Je veux parler encore de cette femme, celle qui s’est noyée. Raconte-moi quelque chose à son propos.

Lui : - Je ne sais rien. Elle a sauté puis… (silence) Elle est morte. Noyée. La solitude, peut-être. Le désespoir.

Non ! Cela ne peut pas être ça ! (Elle le coupe) C’est autre chose. Un évènement qui n’a pas de nom. Une chose comme un fléau. Un amour, quelqu’un. Et autre chose encore. (silence) Parle-moi de cet amour-là. »

 

Elle, hurlant : « Parle-moi de cet amour-là ! »

 

Soudain un silence dans le café. Tous écoutent cette femme qui hurle. Puis le vacarme général reprend.

 

Lui a reculé, imperceptiblement. Il a eu peur d’elle. Il a peur d’elle. Il pense la folie. C’est la folie. Déjà, lui aussi, il pense ça d’elle.

 

Elle se calme, se redresse sur son siège. Elle oublie.

 

Elle dit qu’elle veut boire, encore.

 

La lumière décline, dehors c’est presque la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II.

 

 

 

Un hôtel, le bord d’un canal.

Le soir.

Une chambre.

 

Ils sont là elle et lui, Corée.

Debout, l’un contre l’autre.

 

La chambre est blanche.

 

Il l’enlace par les épaules.

Elle se débat faiblement.

Il l’embrasse.

 

Elle se laisse embrasser, crie doucement.

Un râle.

 

Elle : « Je ne sais pas

Lui : Quoi ?

 - Si je veux être là, je ne sais pas. C’est…(Silence) C’est si rapide. (Rêveuse) Prodigieux. Toi, là… (Silence) Moi… Et puis, c’est à cause de je ne sais quoi.

 - Oui ?

 - Cette femme. Je ne cesse d’y penser. Cette femme, là, dans le canal. Son cadavre. Elle a crié, a dû crier. Je le sais.

 - (Etonné) Comment le sais-tu ?

 - Je le sens. Des visions. Mes visions, ces voix. Ces choses qui me traversent. Elle a crié un nom. Un nom avec sa voix à elle, la femme noyée, plantée en moi. Fichée. C’est si difficile de ne pas l’entendre… »

 

Il la prend contre lui, visiblement très ému.

Elle répète difficile, c’est difficile.

 

Il la déshabille comme on déshabille une enfant, lentement. Avec soin.

Elle le laisse faire, se laisse faire.

 

Soudain elle apparaît, transparente, de chair bleue, nénuphar ondoyant sous ses longs cheveux d’algues noires.

 

Les cheveux couvrent les seins.

 

Il lui caresse les épaules, écarte les cheveux.

La regarde.

Ne dit rien.

 

Puis la renverse nue sur le lit.

 

Elle se renverse, fixe des lumières mobiles au plafond.

Les mains bougent, suivent les points lumineux.

Racontent une histoire.

 

Lui assis à côté d’elle.

Se penche vers elle.

Ne la touche pas.

 

Elle : « C’est que…Je l’entends. Avant même de savoir…La nuit dernière, elle criait… Comment dormir ? Maintenant que je sais je l’entends tout le temps… Et cet amour, cet homme qui, probablement a existé dans sa vie à elle, la femme, je me demande… Pourquoi la quitter ? Pourquoi cette nécessité-là, d’un coup, irrévocable, partir ? Et puis, pourquoi ce moment-là, pas avant… Pas après ? »

 

Elle le regarde soudain avec violence.

Ses prunelles translucides illuminées.

 

Elle : « Quand je parle, qu’est-ce que tu entends ?

Lui, rassurant : - Toi, c’est toi que j’entends.

 - Et elle, est-ce que tu l’entends à travers moi ?

 - Oui. (Il est grave) Un peu, je crois. Ça commence.

 - Je ne bougerai pas. Je sais à peine faire cette chose-là, l’amour. (Inspirée) Mais je veux que tu me prennes comme tu aurais pris cette femme, une dernière fois, avant de la quitter.

 - D’accord, je te prendrai comme tu voudras.

 - Comme tu l’aurais prise, elle.

 - D’accord, comme je l’aurais prise.

 - Dis-le. Dis que tu me prendras comme tu l’aurais prise elle.

 - Je te prendrai comme je l’aurais prise.

 - La prendrais-tu doucement ou avec fougue ?

 - Je crois que je la prendrais doucement.

 - Pourtant, non… Tu ne peux pas la prendre comme ça, doucement. Car alors elle saurait. Et elle ne doit pas savoir… Que c’est la dernière fois… ça doit la surprendre. Si elle savait cette chose-là, que c’est la dernière fois qu’elle fait l’amour avec lui, cet homme qu’elle aime, cela changerait tout. Alors il n’y aurait pas la suite, le désespoir… Puis la fin, elle, noyée à tout jamais…

 - Oui, tu as raison. Je la prendrais avec fougue. »

 

Il s’habitue à elle.

A parler de ça, cette autre femme.

A l’idée de la prendre à travers elle.

 

Il ne se déshabille pas.

Se couche sur elle.

Ouvre sa braguette.

 

La prend.

 

Ils ne se caressent pas.

 

Elle ne bouge pas.

Crie, crie…

Puis c’est le silence de la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Charlotte et Michel - Publié dans : Textes de femmes - Communauté : Poésie Sensuelle
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